Interview – Maxence Furhmann, Référent de Vie Étudiante (RVE)

Maxence Furhmann, le Référent des Étudiants sur le campus de Paris, accompagne les étudiants dans leurs difficultés universitaires.

Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Je m’appelle Maxence Furhmann. Je suis psychologue clinicien, diplômé de l’École de Psychologues Praticiens depuis 2018 (promotion Pontalis). Aujourd’hui, je suis Référent des Étudiants de l’École de Psychologues Praticiens à Paris.

Quel a été votre parcours depuis 2018 ?

Après le Baccalauréat, j’ai obtenu mon diplôme en 2018 en spécialité Justice. J’ai ensuite travaillé 4 ans en psychiatrie dans une clinique psychiatrique pour adultes. En même temps, j’assumais le rôle de Secrétaire général de l’association des Alumni de l’École de Psychologues Praticiens, où je tenais une permanence

En psychiatrie, j’ai suivi des formations sur les médiations thérapeutiques. Autrement dit, comment utiliser un atelier ou un objet pour aider les patients à s’exprimer, à partager leurs ressentis, à mettre en mots certaines choses. C’est ce que l’on appelle un peu grossièrement parfois «l’art-thérapie», mais qui comprend tout ce qui n’est pas simplement un entretien en face à face.

J’avais déjà entamé ces formations-là quand j’étais étudiant, en passant par une association dirigée par une enseignante de l’École qui s’appelle Claude Sternis. Son association, qui s’appelle Asphodèle, les ateliers du pré. Elle proposait des formations aux étudiants. Je m’étais formé aux médiations avec l’argile et la peinture, mais aussi au psychodrame, ce qui veut dire du théâtre thérapeutique

Dans la clinique psychiatrique où je travaillais, j’ai créé et fait exister par exemple un groupe qui utilisait les senteurs comme médiation. On proposait aux patients d’exprimer ce que les senteurs pouvaient leur évoquer. Il s’agissait d’une porte d’entrée vers des thématiques, des dialogues, des ressentis, des émotions, pour aider à verbaliser ce qui était difficile à verbaliser en individuel.

Je me suis aussi formé à la prévention du risque suicidaire. Juste après, je suis devenu le référent du site de la clinique sur ce sujet. Il s’agissait de promouvoir la prévention, mais aussi d’intervenir dans les situations où il y avait des risques, des passages à l’acte suicidaire ou encore des suicides auprès de toutes les équipes. Par ce biais-là, en devenant référent, j’ai pu donner des formations à la prévention du risque suicidaire à destination de mes collaborateurs. J’ai ressenti du plaisir à contribuer à la formation de mes pairs, c’est-à-dire de me renseigner, m’informer, me demander quels sont les bons gestes, pouvoir le partager… Mais aussi, j’y ai trouvé des espaces dans lesquels on a pu échanger avec ces personnes-là.

Nos formations continues

Enfin, au sein de cette clinique psychiatrique, j’ai également rejoint le comité d’éthique existant, dont j’ai pris la direction pendant quelques temps.

En tant que Référent de Vie Étudiante (RVE), pouvez-vous nous décrire votre rôle et vos principales missions au sein de l’École ?

J’ai deux grandes missions en tant que RVE, et une dernière au sein de l’École de Psychologues Praticiens.

La première est d’accompagner les étudiants dans toutes les difficultés qu’ils peuvent avoir au cours de leur vie universitaire. Je suis une « personne ressource » pour toutes les difficultés qu’ils peuvent avoir. Celles-ci peuvent être parfois très sommaires, et parfois un peu plus complexes. J’en discute avec eux s’ils souhaitent en discuter. En effet, cette souplesse-là permet aux étudiants de me voir chaque fois qu’ils en ressentent l’envie ou le besoin. Ensuite, c’est à moi d’évaluer, de cadrer, ou de réorienter, si jamais c’est hors cadre.

Ma deuxième mission est plus institutionnelle comme, dans des instances décisionnaires, je contribue à l’ensemble des conditions des étudiants de l’École. Je représente parfois les étudiants. Le principe est de décider quelles règles appliquer à l’École et comment faire en sorte qu’elles donnent un bon cadre pour la formation. Il y a toutefois certaines contraintes, elles doivent laisser de la place à l’individualité de la vie étudiante.

Enfin, mon troisième type d’intervention : parallèlement à mes missions de RVE je suis enseignant. Je donne des cours d’histoire de la psychologie et de philosophie appliquée à la psychologie.

Comment accompagnez-vous les étudiants au quotidien ?

Tout d’abord, je les accompagne dans un premier temps en les recevant. Soit les étudiants viennent spontanément, soit ils prennent un rendez-vous. Ils me font alors part de leurs questions. Je rencontre la plupart des étudiants au moins une fois, car il y a toujours des petites questions qui peuvent leur venir. Parmi les étudiants qui sollicitent une aide un peu plus importante, je dirais que je vois à peu près 20 % de l’ensemble des étudiants.

Ils me sollicitent le temps d’un entretien, d’une question, d’un sujet ou d’un besoin ponctuel, et parfois plus régulièrement, si la problématique s’y prête. Il va y avoir des thématiques beaucoup plus superficielles et d’autres qui vont être beaucoup plus proches de la sphère privée. Quel que soit le sujet, j’essaie de n’être ni leur thérapeute, ni un simple membre administratif, et de comprendre leurs besoins et difficultés pour les aider à ce qu’ils trouvent des solutions.

Je pense aussi que ma mission est d’être présent, réellement, pour eux. L’entretien est le meilleur moment où je peux être vraiment en face à face avec eux. Je suis également présent physiquement dans les locaux : je croise des étudiants, je prends le temps d’échanger avec eux sur des sujets liés à leurs, et si jamais ils avaient évoqué un projet spécifique, je leur demande comment ça s’est passé… J’essaie de me souvenir un peu de tous ces éléments qu’ils me partagent pour les accompagner du mieux possible dans leur évolution professionnelle (ou cheminement)

De la 1e à la 5e année, on observe une évolution importante chez les étudiants. Par ma présence, j’essaie de veiller à ce qu’ils soient sur un bon chemin. Ils sont en train de se construire une entité professionnelle, de trouver aussi une sorte de positionnement sur leurs propres responsabilités, leur éthique… Je contribue un petit peu à tout ça, à mon échelle.

Accompagnement personnalisé 

Quelles actions ou activités sont mises en place pour dynamiser la vie étudiante ?

Tout d’abord, contrairement à ce que mon intitulé de poste raconte, je tenais à préciser que je ne suis pas « en charge » de dynamiser la vie étudiante. J’encourage les étudiants à s’investir dans leurs études, à concrétiser aussi leur engagement. Ils décrivent une passion pour les études, ça leur plaît… Mais c’est très facile d’avoir une passion et de ne jamais vraiment la concrétiser. On est tous intéressés par beaucoup de choses, et d’ailleurs certainement encore un peu plus dans notre ère actuelle où tout le monde est intéressé par plein de choses. Toutefois, se donner à 100 % dans une passion et devenir expert ou passionné de quelque chose, c’est un autre sujet. Finalement, on ne peut pas être expert de tout, même si on a envie de l’être. Je trouve que pour les étudiants qui ont 18 ans et les étudiants qui découvrent la psychologie, ça en fait partie. Donc, j’essaie de dynamiser un peu cette vie étudiante en les invitant à échanger entre eux, à poser des questions aux enseignants, à lire, à partager leur lecture, à partager les dates de conférences qu’ils ont vues, toutes les infos qu’ils peuvent voir. Je leur dis toujours que c’est assez précieux cette dynamique au sein de la promotion à l’École.

Je pense qu’ils ne s’en rendent pas toujours compte au début. Et d’ailleurs, ce sont des choses dont je n’avais peut-être pas nécessairement de connaissance quand j’étais moi-même en 1e année et j’aurais aimé qu’on me le dise peut-être plus tôt.

Vie étudiante

Avez-vous une anecdote à partager ?

J’ai une petite anecdote sur mon poste, mais je ne sais pas si elle est intéressante (rire). La personne qui a voulu créer ces postes de Référent de vie étudiante (RVE) était un enseignant de l’École de Psychologues Praticiens, Damien Fouques. Il était très investi dans la vie étudiante, passionné par la psychologie et qui savait être passionnant.

Il était très apprécié des étudiants. C’était un enseignant, qui m’avait beaucoup marqué dans sa façon d’incarner le rôle de psychologue, mais aussi un peu dans sa pédagogie, sa capacité à transmettre. Il a aussi été aussi mon directeur de mémoire et j’aimais vraiment collaborer avec lui.

Je trouve que l’anecdote est drôle. Que cet enseignant qui m’a beaucoup inspiré et qui a créé l’espace pour la création de ces postes. Je pense que c’est une anecdote sympathique au sens où je suis maintenant à ce poste-là, le poste qu’il a créé. Le monde est si petit, en fait ! Parce que j’ai eu beaucoup d’enseignants, il y avait beaucoup de directeurs de mémoire et il s’est avéré qu’il y avait une connexion comme ça.

Avez-vous un moment fort à partager ?

C’est peut-être un peu « bateau », mais quand je prends du temps de faire bien les choses, d’accompagner les étudiants en difficulté et que je vois que, parce que j’ai été présent pour eux, j’ai pu contribuer un peu à quelque chose ou parce qu’on a pu avoir une forme de compréhension pour une situation, ils aient pu s’en saisir pour vraiment terminer leurs études avec brio (ex : présenter de merveilleux mémoires à la fin, de décrocher de très beaux postes par la suite…). Voilà, ça, ce sont toujours des moments forts. Ils peuvent d’ailleurs se concrétiser par des mails de remerciements plus tard. Il y en a quelques-uns qui prennent le temps, alors qu’ils ne doivent plus rien à l’École. C’est un réel plaisir !

Je pense que c’est la même chose peut-être dans tous les emplois, c’est-à-dire qu’on fait quelque chose et qu’on voit que ça contribue un peu à ce qu’on ait réussi sa mission. Ici, ma mission est d’amener des étudiants complètement novices aux études dans une identité propre de psychologue face à toutes les difficultés universitaires et de la vie étudiante. Et c’est beau de voir qu’ils ont traversé tout ça et qu’ils deviennent ensuite des confrères et des consœurs. Je me dis que je contribue un peu à ce que la profession soit faite de personnes qui sont humainement animées de belles valeurs.

Vous êtes également enseignant à l’École, quelles matières enseignez-vous ?

Comme je le disais, je donne un cours d’Histoire de la psychologie. La psychologie est une discipline assez récente, dans les années 1900. Par conséquent, il y a beaucoup de sciences qui sont bien plus anciennes que celles-là. Pour autant, elle a des racines de quelque chose de beaucoup plus ancien.

Autrefois, on se souciait de la souffrance psychique bien avant la création de cette discipline au sens d’une science. Ce que j’essaie de présenter dans cette Histoire de la psychologie, c’est qu’on a un peu toujours passé des sortes de « modes », ou plus simplement, de la psychologie, des façons d’imaginer ce qu’est l’esprit, d’imaginer ce qu’est qu’un trouble de l’esprit, et d’imaginer, d’ailleurs, comment on va soigner ce trouble-là. J’essaie de proposer, de sensibiliser les étudiants sur le fait qu’on passe comme ça de mode en mode, que l’on appelle des paradigmes. Autrement dit, qu’on passe d’une ère à une autre. Et qu’aujourd’hui, nous sommes dans une ère où on affirme certaines choses. Il est possible qu’on en change un jour, parce qu’on a toujours changé de siècle en siècle, de décennie en décennie. Et donc, il est possible qu’il y ait des choses que l’on apprend aujourd’hui et qu’elles deviendront caduques, ou alors qu’elles disparaissent et reviennent au goût du jour un peu après. C’est quelque chose d’un peu cyclique, où on retrouve dans de vieilles références littéraires tout ce qu’on trouvait, qu’on avait un peu perdu ou mis de côté.

Il y aussi un passage où il faut mettre plus d’humanité dans le soin et plus de science dans le soin. On ballote toujours un petit peu entre les deux, entre ce qui compte, « c’est un soin efficace », et ce qui compte, « c’est un soin humain », si je peux le dire un peu simplement. Donc, j’essaie de les sensibiliser en leur présentant de l’Antiquité égyptienne jusqu’à aujourd’hui, les débats en psychologie qui sont encore nombreux aujourd’hui.

J’enseigne aussi la Philosophie appliquée de la psychologie, c’est-à-dire comment la philosophie peut aider, aujourd’hui, à être un bon psychologue. C’est une façon un peu simple de la présenter, mais l’idée est de savoir comment avoir un regard interrogeant, qui questionne, qui se demande pourquoi les choses sont ainsi, , de leur montrer qu’avoir cette habitude de se questionner, ça a quelque chose de très positif dans la bonne pratique du psychologue. J’essaie de leur donner aussi un peu ce goût de la lecture, de chercher les réponses par eux-mêmes, que ça puisse leur servir concrètement et que ce ne soit pas se questionner pour se questionner, mais que ce soit se questionner pour pouvoir ensuite agir différemment, mieux, ou selon leurs valeurs.

On parle donc de ce qui se passe dans l’entretien thérapeutique avec les différents enjeux de la relation et des questions de responsabilité, d’égalité, de secret professionnel… Bref, des choses très concrètes de la psychologie où j’essaie de montrer que la philosophie a beaucoup à apporter à ça et qu’elle est peut-être importante.

Nos parcours

Enfin, auriez-vous des conseils à donner aux étudiants ?

Mon premier conseil serait de prendre soin de soi, ce qui fait d’ailleurs écho à l’Histoire et la philosophie. C’est assez antique le « prendre soin de soi ». Il a toujours existé chez les philosophes les plus anciens, même Socrate, Platon…

Ça va amener les étudiants à se demander : « De quoi ai-je vraiment besoin. ? Est-ce que procrastiner, c’est prendre soin de moi ? » Ça peut être oui comme non. L’idée est de se questionner sur qu’est-ce qui nous ferait du bien, qu’est-ce qui peut prendre soin de nous. Moi, je suis un peu partisan de l’idée qu’on dit parfois prendre soin de soi, ça peut être un défaut parce que c’est de l’égoïsme et de l’auto-centration. Justement, je pense que si on prend vraiment bien soin de soi, il y a nécessairement un effet qui fait qu’on va prendre soin des autres et que ça va rayonner.

Pour les étudiants en psychologie, il peut y avoir parfois cette tendance à vouloir être un peu sauveur. C’est un peu le cas de tout le monde, dans une certaine mesure. Mais justement, ne pas s’abandonner est une manière de prendre soin de soi. Ça me paraît déjà très bien.

S’ils prennent déjà soin d’eux, mon second conseil … serait de les sensibiliser au fait que la confiance en soi ne s’acquiert pas en réfléchissant ou en se disant qu’on a confiance en soi ou en le pensant. C’est, en fait, en agissant qu’on va acquérir cette confiance en soi. On va les faire de manière imparfaite. On va se questionner sur ce qu’on n’a pas bien fait. On va essayer de les améliorer… Mais c’est en les faisant qu’on commence à être un peu plus dans l’aisance et dans la responsabilité. Parfois, les étudiants restent au degré de l’imagination, de l’idéal, et par conséquent, ils n’atteignent jamais leur objectif. Ils ont l’impression du fameux syndrome de l’imposteur de dire « je ne suis pas du tout prêt(e) ». Alors que si on y va, si on lit les livres qui nous intéressent, si on pose les questions qui nous questionnent, si on va aux stages qui nous plaisent, si on fait les dossiers qui nous intéressent, naturellement, on gagne en compétence, et dans sa vie personnelle également d’ailleurs.